L'ogresse

Par Mélanie Létourneau ce 6 avril 2011 à 10h57
Crédit Photo : Courtoisie

Un roman au sujet inusité, c’est le moins qu’on puisse dire pour la chronique de cette semaine. L’ogresse, un roman de « fantastique noir » publié aux éditions Coups de tête par l’auteure Dynah Psyché, vous transportera dans un univers où magie, croyances, réel, surnaturel et cannibalisme accompagneront votre lecture durant quelque 144 pages. L’ogre, dans les contes de fées, est un géant vorace qui mange les petits enfants. Avec un titre comme L’ogresse, on n’est pas surpris que ce roman fasse justement état de cet appétit du personnage principal pour… les humains.

Après lecture de ce paragraphe, vous avez compris que le livre de Dynah Psyché sort de l’ordinaire et qu’il n’est pas conseillé aux cœurs sensibles. Dans L’ogresse, le personnage principal possède un don, soit le don de la chair. « Aux dires de mes ancêtres, le don n’est ni bon, ni mauvais. Mais certains dons sont plus faciles à porter ». Et moi j’ajouterais d’avaler. On s’entend qu’on est loin ici du don du grand-père qui arrête le feu ou des diseuses de bonne aventure qui ont le don de clairvoyance. Avoir le don de manger des gens n’en est pas un que je voudrais hériter de mes ancêtres. Bref.

Même si le sujet est un peu cru – intéressant jeu de mots ici –, il n’en demeure pas moins que le livre est écrit de façon à tenir les cordeaux de notre intérêt. Est-ce notre côté voyeur qui fait que nous lisons page après page ou est-ce seulement une façon de nourrir notre imaginaire ? Peu importe la raison, L’ogresse bouleversera votre lecture… et votre appétit. La façon avec laquelle Dynah Psyché entre dans les détails pour raconter ce à quoi pense une ogresse au moment de mettre à exécution son « don » est à tout le moins crédible, voire déconcertant par moment, mais efficace et très imagé. En voici quelques exemples : « La mort est fade. Frais, le cadavre tient du vivant et ne présente aucun intérêt particulier autre que son propre goût. Légèrement faisandé, il atteint un pic gustatif, puis mieux retomber ensuite, malgré la marinade dans ses jus naturels. (…) Je me suis longtemps contentée du cru, dévorant le mets dans son jus naturel. » Et pour finir : « Ce que j’aime maintenant, c’est cuisiner. Pas tuer. (…) La tuerie m’ennuie, quand il y a du jus. Ça crie et ça salit. Il y en a partout, quand le manger se débat. (…) L’étouffement, c’est ce que j’ai trouvé de mieux. C’est propre et net ». Bon, j’imagine que si cette entrée en matière vous a titiller un peu, vous aurez envie de vous attaquer au plat principal, soit lire l’ouvrage dans son entier. De plus, L’ogresse a l’avantage d’être écrit en courts chapitres, ce qui fait qu’il se lit aisément et si nous avons besoin de faire une pause, eh bien nous avons ainsi le temps de digérer le chapitre précédent. En réalité, j’exagère un tantinet, car L’ogresse n’est pas à ce point épouvantable, il faut juste détenir une certaine curiosité pour apprécier ce genre d’ouvrage. Après tout, n’y a-t-il pas un album de Tintin où celui-ci est sur le point de se faire bouillir puis manger par l’ennemi ? Cela n’a pas empêché ce héros de faire un succès depuis des générations, alors L’ogresse de Dynah Psyché trouvera certainement preneur.

Originaire de la Martinique, Dynah Psyché vit au Canada depuis maintenant plusieurs années. L’ogresse est son troisième roman publié aux éditions Coups de tête, le premier étant Cyclone, paru en 2008 suivi de Zoélie du Saint-Esprit en 2010.

La semaine prochaine, je vous entretiendrai sur un sujet plus léger, mais tout aussi intéressant, celui de la longévité. Quelles sont les recettes pour vivre jusqu’à 100 ans ? À lire dans la chronique du 14 avril.


 

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