Google Le drame de Saint-Romain fait ressurgir de manière brutale le préjugé qu'une personne qui vit un problème de santé mentale est violente et dangereuse. Cela amène certaines personnes à affirmer que la seule façon de contrôler ces gens-là, c'est de les forcer à prendre la médication qui leur est prescrite.
Il faut cesser de rendre la désinstitutionnalisation responsable de ces actes isolés et cesser de croire au mythe de la pilule miracle. Il est faux de penser que la prise de médication règle tout et qu’il n’y aura plus jamais de tel drame. Pourquoi une personne cesse-t-elle de prendre sa médication? Si on fait l’effort de dépasser le lieu commun qui veut que ce soit parce que la personne n’accepte pas sa maladie et qu’on prend le temps de l’écouter, on constate que plusieurs raisons incitent quelqu’un à refuser, à réduire ou à interrompre sa médication.
Pourtant, des moyens légaux existent pour forcer une personne à prendre une médication. En effet, le Code civil du Québec prévoit que si une personne refuse catégoriquement le traitement proposé, une démarche juridique peut être entreprise pour démontrer son inaptitude à consentir. Évidemment, pour que le juge en arrive à une telle conclusion, il basera généralement sa décision sur le rapport du médecin de l’établissement qui en fait la demande. La durée de ces ordonnances varie entre deux et cinq ans, et ce, sans possibilité de révision.
Si la personne contrevient à cette ordonnance, la police a tous les pouvoirs pour la forcer à obtempérer, puisqu’un jugement a été émis en ce sens. Donc, la personne peut vivre dans la communauté, tout en ayant cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il est à noter que le recours à ce type de jugement est de plus en plus utilisé. Dans beaucoup de cas, la difficulté d’établir une alliance thérapeutique avec le professionnel de la santé amène la personne à se refermer et à chercher seule ses propres solutions.
Tout être humain a le droit de décider pour lui-même ce qu’il considère bon pour lui. Pourquoi refuse-t-on ce droit aux personnes vivant un problème de santé mentale? Bien sûr, il y a des moments où la personne a besoin d’être plus entourée, mais cela ne doit jamais se faire au détriment du respect de ses droits fondamentaux. La personne a le droit de prendre des décisions en ce qui la concerne. Elle a le droit de chercher à améliorer sa qualité de vie. Elle a le droit de faire des essais et des erreurs.
Il faut cesser de dire que la Charte des droits et libertés met des bâtons dans les roues pour assurer la sécurité publique. En adoptant cette Charte en 1975, le législateur a traduit la volonté populaire de faire en sorte de protéger tout particulièrement les citoyens du Québec qui se retrouvent en situation de vulnérabilité contre des abus qui pourraient être commis contre lui. Ce faisant, cette loi venait corriger des façons de faire inacceptables qui avaient cours dans le passé.
Il faut cesser d’offrir une tribune à des individus comme le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, dont les propos ne font que nourrir les préjugés face à l’ensemble des personnes qui vivent un problème de santé mentale. Il fait des généralités de situations particulières, ce qui est insultant et blessant pour les personnes visées. Partout au Québec, des personnes courageuses se battent pour aller mieux, pour s’intégrer dans leur communauté, pour trouver la dose de médicaments qui leur convient, pour défaire les préjugés. Par ses paroles, le sénateur Boisvenu attaque leur crédibilité et leur intégrité.
Les services d’aide en situation de crises sont trop peu nombreux sur le territoire québécois. Pourtant ce serait un moyen approprié pour répondre à des situations très problématiques. Selon nous, ce n’est pas en restreignant encore plus les droits fondamentaux et en remettant en institution les personnes qui vivent un problème de santé mentale et en les forçant à prendre une médication que notre société se retrouvera complètement à l’abri de drame comme ce qui s’est passé à Saint-Romain.
Il faut faire attention de cantonner le débat et la prise de décision concernant cette épineuse question aux seuls professionnels de la santé. La présence de représentants du Barreau du Québec, des familles et des proches, des organismes communautaires et de promotion et défense de droits doivent y participer. Mais surtout, les personnes qui vivent un problème de santé mentale doivent y être étroitement associées, sinon cet exercice ne pourra atteindre ses objectifs.
Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé dans le domaine de la santé mentale
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